L'autonomie temporelle à l'épreuve des comptes épargne-temps
Book Chapter · 2025 · In: Les frontières du travail: déplacements, brouillages et recomposition · N. Le Feuvre & M. Perrenoud (Eds.) · Octares · pp. 319-331
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Abstract
Ce chapitre examine comment les comptes épargne-temps (CET) influencent l'autonomie temporelle des salariés en France et en Allemagne. L'autonomie temporelle est définie comme la capacité d'un individu à contrôler son emploi du temps, articulant contraintes institutionnelles et activités personnelles. Approche théorique : L'auteur propose une conception de l'autonomie temporelle qui s'écarte des approches individualistes du "libre choix". Elle est conceptualisée comme étant « collective », « relationnelle », « processuelle » et « partielle », plutôt qu'individuelle et totale. Méthodologie : Recherche comparative franco-allemande utilisant une méthode mixte : Analyse quantitative de 894 accords d'entreprise français (2006-2015) et 587 accords allemands (1994-2015) 80 entretiens semi-directifs dans 8 entreprises (4 par pays) Grille de codification binaire pour analyser les contenus des accords Résultats principaux : Différences structurelles : France : CET comme "comptes d'épargne" à long terme, ouverture volontaire, volumes illimités (56,6% des accords), utilisables pour la retraite anticipée (61,9%) Allemagne : CET comme "comptes courants" à court terme, ouverture automatique, volumes limités (~100 heures max), visant la flexibilité productive Relations professionnelles : Les différences reflètent les systèmes nationaux : Allemagne : codétermination forte (Mitbestimmung) avec comités d'entreprise limitant volontairement les CET pour préserver leur pouvoir et protéger les salariés France : représentation syndicale avec pouvoirs restreints, protection assurée par la loi autorisant le refus individuel Autonomie temporelle : Variable selon les contextes nationaux et d'entreprise. Les salariés des deux pays souhaitent pouvoir prélever plusieurs jours consécutifs de manière autodéterminée, ce qui n'est pas toujours garanti. Conclusion : Les CET révèlent que l'autonomie temporelle résulte de négociations collectives situées dans des contextes sociétaux spécifiques. Elle n'est pas une simple affaire de choix individuel mais dépend des rapports entre État, syndicats et employeurs, produisant des dispositifs nationaux distincts avec des potentiels d'autonomie différenciés.
Cite
Thoemmes, J. (2025). L'autonomie temporelle à l'épreuve des comptes épargne-temps. In N. Le Feuvre & M. Perrenoud (Eds.), Les frontières du travail: déplacements, brouillages et recomposition (pp. 319-331). Octares. https://shs.hal.science/halshs-05091388
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